Gilles Mihalcean
Monument à la Pointe, 2001
Collection d'art public de la Ville de Montréal
Photo : Richard-Max Tremblay

LE CONCOURS DEVENEZ CRITIQUE D'ART 2007, 2e ÉDITION.

GABRIEL GOSSELIN
Catégorie : collégial-programme régulier
Collège de Valleyfield, Salaberry-de-Valleyfield
Professeure : Jocelyne Aumont

UNE AUTRE BEAUTÉ ANONYME

Montréal est une ville canadienne importante en ce qui a trait aux arts visuels. L'on n'en retrouve non seulement un peu partout dans les musées ou la pléthore de galeries d'art, les unes plus diverses que les autres de la métropole, mais on peut aussi en repérer dans les rues. C'est le cas de l'intéressant Monument à la pointe de Gilles Mihalcean, situé au rond-point qui relie les rues Atwater et Centre depuis 2001.

Né en 1946 à Montréal, Mihalcean est un pilier de la sculpture contemporaine au Québec. Le Centre international d'art contemporain de Montréal (CIAC) a d'ailleurs organisé une exposition entièrement dédiée à l'artiste en 1992. Il est surtout reconnu pour ses œuvres que l'on peut décrire comme des assemblages de divers matériaux, allant du bois jusqu'au métal, en passant par le verre, le marbre ou la résine. Une poésie marque ses créations, que plusieurs décrivent comme des architectures de l'imaginaire.

La réalisation du Monument à la pointe provient d'un projet de réaménagement de l'espace en bordure du canal Lachine. Mihalcean a été retenu suite à un concours du Bureau d'art public de Montréal qui veut intégrer des œuvres à l'environnement urbain. L'œuvre se scinde en trois sections. D'abord, le bas, en béton vert, reproduit trois troncs d'arbre qui supportent une construction qui se prolonge et se modifie pour devenir en briques rouges. Enfin, la dernière partie est en aluminium. Sur le toit de la construction, des colonnes de ce métal évoquant des formes industrielles prolongent les bases en béton. Le résultat est une sculpture filiforme haute de 14 mètres.

Comme la plupart des œuvres de l'artiste, la structure architecturale aux formes minimalistes va rappeler des éléments concrets. Le Monument à la pointe et une œuvre-modèle concernant l'intégration à l'aménagement urbain qui l'entoure : le bas a été peint en vert pour évoquer les origines irlandaises de l'arrondissement alors que les deux autres matériaux soulignent le passé du quartier, puisqu'une multitude d'industries y étaient installées. Ces évocations sont vraiment intéressantes, d'autant plus qu'elles légitiment la présence de la création. Toutefois, il aurait été plus intéressant de substituer du bois véritable au béton dans l'œuvre. Il est certes compréhensible que l'on ait préféré ce matériau pour sa solidité et sa durabilité, mais ainsi le Monument à la pointe n'est plus si fidèle au propos de l'artiste, qui décrit sa création avec lyrisme "comme un grand bateau à la coque de forêt et de briques", d'autant plus que le béton n'est pas utilisé dans la construction de navires. Fidèle ou pas à ses propos, les allusions à l'importance du canal Lachine durant la révolution industrielle qui a touché la métropole au tournant du siècle dernier sont très présentes. L'inspiration qu'a souvent Mihalcean de la science se devine par la volonté de rappeler que le bois, représenté par le béton, était le matériau prôné pour les constructions navales du passé alors que l'utilisation du métal, l'aluminium plus particulièrement, est contemporaine. L'avenir serait-il dans les airs ?

En somme, l'équilibre et l'harmonie de Monument à la pointe sont à la fois les points forts et les points faibles de l'œuvre : l'esthétique est irréprochable et les éléments de culture, notables, mais ces derniers disparaissent pour ceux qui passent devant la création.

En 2005, Mihalcean a reçu la Bourse de carrière Jean-Paul Riopelle du Conseil des Arts et des Lettres du Québec. Espérons que ce prix lui permettra de continuer à créer pour qu'on puisse le revoir dans l'environnement montréalais.