Michel de Broin
Révolutions, 2003
Collection d'art public de la Ville de Montréal
Photo : Michel de Broin

LE CONCOURS DEVENEZ CRITIQUE D'ART 2007, 2e ÉDITION.

BRIGITTE VERDIÈRE, Montréal
Catégorie : grand public

TOURNIS DANS UN FAUX TIPI

Plusieurs fois par semaine, je passe au parc Maisonneuve-Cartier. Je traverse toujours le parc en venant du nord de la ville et je contourne la sculpture de Michel de Broin pour me rendre plus au sud. La sculpture est ce que je vois en premier, bien avant la station de métro Papineau et le marché aux plantes et aux fruits qui borde la rue Sainte-Catherine.

C'est une sculpture de huit mètres, plantée sur six poteaux qui la supportent. Elle est construite en aluminium, dans un alliage fait pour résister aux intempéries.

De loin, elle ressemble au nœud que les petites filles attachent à leurs couettes. Un très gros nœud, de couleur argentée, qui danse quand on saute (les petites filles sautent à la corde et à la marelle) et au travers duquel le soleil joue, les jours de beau temps.

J'arrive à la place et je me glisse presque en dessous de la sculpture. Ce que je vise est le centre, le milieu des six poteaux qui la soutiennent, comme un tipi sans toile. Dans ce milieu, il me semble que se trouve le centre de gravité de la sculpture. Illusion, bien sûr, car elle n'a pas de centre!

Au début, je ne voyais que l'entortillement des formes en aluminium, une sorte de montagnes russes en miniature, répondant dans une sorte d'écho, aux manèges de la Ronde toute proche. Le quartier est très riche en constructions en fer. Il y a le Pont Jacques Cartier et toutes ces industries faites de briques et de fer et qui, à une époque, ont rendu riche l'Est de la ville. L'utilisation de métal semble donc, ici, aller de soi.

Mais la forme ? Non, ce n'est pas un nœud. Un jour, j'ai, avec attention, suivi le mouvement des formes. J'ai vu les passerelles et les escaliers qui se font la belle dans le ciel. Je les ai tellement bien suivis que j'en ai eu le tournis. Et l'envie, soudaine, d'y grimper. Et si je montais, moi aussi, dans cette soucoupe volante ouverte à tous vents, où cela me mènerait-il ? La tête en bas, assurément. Puis, de nouveau, la tête en haut, les yeux dans le ciel, vers le fleuve et les nuages. Assurément, à tourner ainsi, je ferais le tour des choses et je resterais prise dans ce cycle infini d'une marche menant à une autre menant à une autre et rarement au point de départ.

C'est pour cela, qu'elle (œuvre) s'appelle Révolutions. Elle fait des voltes lesquelles, comme l'indiquent tous les textes la présentant, renvoient aux escaliers de Montréal qui partent à la conquête des étages et des balcons de nos maisons. Le choix de tordre l'habituelle rigidité des escaliers contribue à l'impression de légèreté qui en ressort. La sculpture fait le tour des choses tout en ne les finissant pas. C'est au spectateur de décider où il arrête son regard et sa marche virtuelle et où il la reprend. Révolutions offre ainsi une multitude de possibilités entraînant le passant dans le gargouillis de ses pensées. On peut la (œuvre) regarder de n'importe quel point car elle a toujours un sens. Elle s'inscrit parfaitement dans le paysage de la ville et donne, à ce quartier souvent délaissé, un air de vouloir s'emparer des choses, du monde et de la vie, en général.

La sculpture a été installée en juillet 2003. Elle fait partie du fonds de la Ville de Montréal. Michel de Broin est lauréat du prix Pierre Ayot 2002 remis par la Ville de Montréal en collaboration avec l'Association des galeries d'art contemporain (AGAC).